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Pour
le renouvellement au 1er octobre 1978 d’un bail d’un fonds de café,
tabac situé 20, rue des Martyrs à l’angle de la rue Choron à Paris dans le 9ème
arrondissement, le tribunal a apprécié la valeur locative, en retenant la
proposition de l’expert commis, à 600 francs le mètre carré boutique (m²B) pour
une surface pondérée de 67 mètres carrés 33.
Dans
le même immeuble et en façade sur la rue des Martyrs, il avait été consenti à
peu près à la même date, le 1er septembre 1978, pour un commerce de
serrurerie et d’appareils de sécurité, un premier bail sans versement d’un
quelconque droit d’entrée ou paiement d’une indemnité au précédent locataire,
au prix de 1.322 francs le mètre carré B pour une surface pondérée équivalente
(49 m²B) et calculée avec les mêmes coefficients que ceux retenus pour le café.
Cet
écart considérable entre le prix fixé judiciairement et le prix constaté pour
une première location n’est pas une exception, c’est devenu la règle.
Le
premier prix a probablement été obtenu par actualisation de décisions anciennes
concernant des boutiques situées dans le secteur de la rue des Martyrs
conformément à l’article 23-5 du décret du 30 septembre 1953. Il représente par
conséquent la valeur locative.
Le
second est un prix de marché fixé librement entre les parties dans une parfaite
connaissance du marché des loyers, le locataire ayant eu la possibilité de
visiter d’autres locaux libres avant de porter son choix sur le local et le
propriétaire ayant peut-être été obligé de réduire ses prétentions après
plusieurs échecs. Il représente donc bien lui aussi la valeur locative.
Certains
ont pensé qu’il existait deux valeurs locatives, l’une dite judiciaire qui devait
tenir compte de ce qu’à l’origine de la location un pas de porte avait été
versé, ce qui n’est d’ailleurs pas certain, ou que le locataire avait acquis un
fonds de commerce en versant une somme quelquefois importante à son
cessionnaire ; l’autre dite de marché ou sans pas de porte. Ceci est en
contradiction avec l’article 23 du décret du 30 septembre 1953 qui ne définit
qu’une valeur locative.
D’autres,
faisant un parallèle avec les locations d’appartements qui comprennent un
secteur taxé et un secteur libre, ont estimé qu’il existait un double
marché :
-
l’ancien avec
paiement de pas de porte, de droit au bail voire acquisitions de fonds de
commerce,
-
le nouveau,
apparu il y a une dizaine d’années environ, sans versement initial par
l’acquéreur du bail.
D’autres
enfin estiment qu’il doit être tenu compte des modalités dans lesquelles le
bail a été originairement conclu conformément à l’article 23-3. il est bien
certain que si, au départ du bail, un pas de porte a été versé au propriétaire,
il doit être tenu compte dans le calcul du loyer lors d’une révision. Mais on
ne voit pas pourquoi il en serait aussi tenu compte si ce versement a eu lieu à
la prise d’effet d’un bail précédent.
Les
décisions judiciaires n’ont pas, par définition, la prétention de constituer
des prix de marché, mais elles servent de références à la fixation amiable de
très nombreux loyers. Elles constituent par là et au même titre que les accords
amiables et les prix des locations nouvelles, les composantes du marché des
loyers.
L’éventail
de ce marché est très largement ouvert dès lors que l’écart entre les
composantes extrêmes est le plus souvent de un à deux dans les emplacements
courants voire trois dans les très bonnes situations. Il apparaît inéluctable
qu’il se resserre.
Le
resserrement de l’éventail s’est déjà produit pour les bureaux parisiens dont
les loyers des locations anciennes continuellement indexés ont presque rattrapé
les prix des locations nouvelles qui avaient, il est vrai, baissé en 1974, à la
suite de la première crise pétrolière et qui n’ont connu au cours des dernières
années qu’une hausse modérée en raison des stocks importants qui ont mis
longtemps à se résorber.
Il
est peu probable qu’un tel coup d’accordéon puisse se produire sur les prix des
premières locations de boutiques.
Comme
il n’est possible d’agir sur les prix de marché qu’en accroissant l’offre des
locaux à louer, ce sont avant tout les prix fixés judiciairement qui devraient
augmenter rapidement au cours des prochaines années. Avec pour corollaire la
chute des droit au bail ou des pas de porte qui sont toujours amortis lors des
renouvellements de baux mais surtout la baisse des valeurs de fonds de
commerce.
En
effet, c’est la différence entre les prix de marché et le loyer effectivement
fixé qui est génératrice de la valeur du droit au bail et par voie de
conséquence d’une partie de la valeur du fonds de commerce.
Cependant
l’application de ces prix de marché lors des renouvellement de baux reviendrait
à plus que doubler la plupart des loyers de boutiques de la capitale et
risquerait de conduire, dans bien des cas, des commerces en faillite.
L’expert
qui est un observateur des loyers pratiqués et l’informateur privilégié du
tribunal ne peut plus se limiter à une
simple actualisation des décisions anciennes sans s’écarter complètement du
marché des loyers et sans retarder une évolution inévitable. C’est parce qu’il
citera dans ses rapports d’expertise des prix de marché qu’il informera mieux
le magistrat chargé d’apprécier la valeur locative et que l’éventail des loyers
pour un même emplacement pourra lentement se resserrer, évitant ainsi des
à-coups peu souhaitables.
L’Actualité
Juridique, édition Propriété immobilière, étant une source de documentation
importante mais ne publiant pas de prix de marché, il est donné ci-après un
échantillonnage des prix consentis pour des locations nouvelles de boutiques.
Comme
il ne s’agit pas de décisions judiciaires, il n’est pas possible d’indiquer les
adresses précises ; mais les surfaces et les prix ont été contrôlés et les
pondérations d’usage effectuées.
Ces
prix concernent pour leur quasi-totalité des locaux entièrement à rénover ou
livrés bruts de décoffrage.
Ainsi
on peut relever :
Sur
des voies à peu près dépourvues de commercialité :
- 555 francs au 1er juillet 1980 pour 32
mètres carrés B
rue des Entrepôts (porte de
Clignancourt) ;
-
513 francs au 1er mars
1978 pour 47 mètres carrés B
rue Niepce(14ème).
Sur
des voies de commercialité plutôt réduite :
-
761 francs au 1er
janvier 1980 pour 49 mètres carrés B
rue
Chabanais (2ème) ;
-
500 francs au 1er
octobre 1977 pour 101 mètres carrés B
rue La Fayette (près
de la place de Stalingrad) ;
-
829 francs au 1er
octobre 1981 pour 30 mètres carrés B
dans la seconde partie du
faubourg Saint-Antoine ;
-
914 francs au 1er
octobre 1980 pour 63 mètres carrés B
rue Chardon-Lagache
(16ème) ;
-
697 francs au 1er
juillet 1978 pour 30 mètres carrés B
rue du Ruisseau à
proximité de la rue Ordener (18ème) ;
-
706 francs au 1er
novembre 1980 pour 32 mètres carrés B
dans la première
partie de la rue de Belleville ;
-
672 francs au 1er
novembre 1978 pour 71 mètres carrés B
avenue Galliéni à
Courbevoie ;
-
410 francs au 1er août
1979 pour 80 mètres carrés B
dans un petit centre
commercial à Villeneuve-la-Garenne.
En
situation moyenne :
-
709 francs au 1er
janvier 1977 pour 37 mètres carrés B
rue Léopold-Bellan
(2ème) ;
-
1.088 francs au 1er
février 1982 pour 16 mètres carrés B
rue Clauzel (9ème) ;
-
1.143 francs au 1er janvier
1982 pour 21 mètres carrés B
rue Lamartine (9ème) ;
-
1.100 francs au 1er
octobre 1980 pour 34 mètres carrés B
avenue
Philippe-Auguste (11ème) ;
-
736 francs au 1er
janvier 1977 pour 65 mètres carrés B
boulevard de Picpus
(11ème) ;
-
446 francs au 1er
janvier 1977 pour 561 mètres carrés B
rue des
Etats-Généraux à Versailles.
En bonne
situation :
- 1.325 francs au 1er juillet 1978 pour 170
mètres carrés B
rue des Saints-Pères
(6ème) ;
- 1.300 francs au 1er février 1979 pour 86
mètres carrés B
pour une boutique
visible de la rue de Rennes ;
- 1.321 francs au 1er juillet 1980 pour 53
mètres carrés B
boulevard
Malesherbes (8ème) ;
- 1.322 francs
au 1er septembre 1978 pour
49 mètres carrés B
rue des Martyrs (9ème) ;
- 1.141 francs au 1er octobre 1979 pour 149
mètres carrés B
rue La Fayette
(avant le faubourg Montmartre) ;
- 1.500 francs au 1er novembre 1981 pour 6
mètres carrés B seulement
rue de Maubeuge (9ème) ;
- 1.069 francs au 15 avril 1979 pour 42 mètres carrés B
avenue de Clichy (17ème) ;
- 1.800 francs au 1er janvier 1980 pour 80
mètres carrés B
exceptionnellement
bien aménagés
rue de Chartres à
Neuilly ;
- 1.059 francs au 15 juin 1977 pour 51 mètres carrés B
rue de
l’Hôtel-de-Ville à Neuilly.
En très bonne
situation :
- 2.020 francs
au 1er septembre 1978 pour
50 mètres carrés B
rue Berger (voie
piétonne) ;
- 2.009 francs au 16 septembre 1978 pour 28 mètres carrés
B
rue
Montorgueil ;
- 1.869 francs au 1er mars 1977 pour 105
mètres carrés B
boulevard du
Montparnasse ;
- 1.694 francs au 1er août 1978 pour 46 mètres
carrés B
rue d’Auteuil.
En excellente
situation :
- 5.197 francs au 1er avril 1978
dans la meilleure partie de la galerie
Les Champs ;
- 6.640 francs au 1er juillet 1979
dans la meilleure
partie de la galerie Les Champs ;
- 8.500 francs en 1981 pour une grande surface (700 m²
réels)
côté pair de
l’avenue des Champs-Élysées ;
- 12.000
francs en 1980 pour 68 mètres carrés B
sur les
Champs-Élysées à l’entrée d’une galerie marchande
Par
actualisation de ces prix relevés au cours des cinq dernières années à la date
moyenne de janvier 1980, on remarquera que les prix de marché variaient à Paris
et dans la proche banlieue comme suit :
-
500 à 600 francs
le mètre carré B sur des voies à peu près dépourvues de commercialité ;
-
600 à 850 francs
le mètre carré B sur des voies de commercialité plutôt réduite ;
-
850 à 1.100
francs le mètre carré B en situation moyenne ;
-
1.100 à 1.800
francs le mètre carré B en bonne situation ;
-
1.800 à 3.500
francs le mètre carré B en très bonne situation ;
-
3.500 à 12.000
francs le mètre carré B en situation de premier ordre.
Les
prix fixés judiciairement dont un certain nombre sont publiés mensuellement
dans cette revue ne s’inscrivent pas à l’évidence dans cette échelle de valeurs
pourtant bien réelles.
L’importante
marge de revalorisation qui s’ensuit devrait inciter le locataire à acheter des
murs de boutique.
Michel
MARX
Expert
en estimation de valeurs locatives
près la cour d’appel de Paris
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